Jeudi 15 mai 2025 — Ottawa
La province du Québec est déjà frappée par une poussée de chaleur marquée en ce mois de mai, avec des températures flirtant avec les 30 °C (86 °F), bien au-dessus des normales saisonnières. Mais cette chaleur exceptionnelle pourrait-elle annoncer un été 2025 torride? Le météorologue Réjean Ouimet nous offre une analyse éclairante sur cette situation météo atypique.
Une vague de chaleur au printemps : un signal révélateur
Depuis 2010, chaque fois qu’une canicule s’est manifestée en mai, les étés qui ont suivi ont souvent été marqués par un nombre élevé de vagues de chaleur, souvent supérieur à la moyenne annuelle. Des années comme 2016 et 2018 ont notamment été deux fois plus chaudes que la normale en termes de jours caniculaires.
Une vague de chaleur est définie par au moins trois journées consécutives où les températures dépassent les normales saisonnières. Le Québec en connaît en moyenne quatre par année.
La tendance observée suggère que la chaleur printanière précoce est un bon indicateur d’un été potentiellement intense. Même si des exceptions comme 2022 existent — une canicule printanière suivie d’un été modérément chaud — la corrélation demeure forte.
Le rôle fondamental du dôme de chaleur
Au cœur d’un été caniculaire se trouve souvent un phénomène bien connu : le dôme de chaleur. Il s’agit d’une masse d’air chaud et stable, maintenue par un anticyclone persistant, qui favorise le ciel dégagé, l’assèchement des sols et une montée continue des températures.
Selon Réjean Ouimet, le processus commence par une période de temps sec sur une large région. Cette sécheresse réduit l’évaporation et amplifie la chaleur. Le cycle s’autoentretient : sols secs, ensoleillement soutenu, air qui se réchauffe rapidement. C’est ainsi que le dôme de chaleur se met en place, souvent avant même le début officiel de l’été.
Si le Québec se trouve sous l’influence de ce dôme, la probabilité d’un été accablant grimpe en flèche. En revanche, plus on s’en éloigne, plus les risques de fortes chaleurs s’amenuisent.
Une chaleur printanière moins humide, mais bien réelle
Même si le mercure grimpe en mai, cette chaleur est généralement moins étouffante que celle des mois d’été. Pourquoi? Parce que l’humidité ambiante est plus faible en cette période de l’année. Les plans d’eau sont encore froids, et la végétation en croissance n’a pas encore atteint son plein potentiel d’évapotranspiration.
En mai, l’humidité provient principalement des vents du sud ou du sud-ouest. En juillet, à cela s’ajoute l’humidité résiduelle présente localement. C’est ce cumul d’humidité qui crée l’effet de lourdeur accablante propre aux étés caniculaires.
Un bon indicateur de cette différence est le point de rosée : en été, il est presque deux fois plus élevé qu’en mai, ce qui signifie un air beaucoup plus humide et une sensation de chaleur plus intense.
En résumé
La vague de chaleur actuelle, bien que moins humide, est un signal fort. Si un dôme de chaleur s’installe durablement, le Québec pourrait bien se préparer à un été 2025 marqué par plusieurs épisodes caniculaires. La surveillance continue des conditions atmosphériques sera essentielle pour suivre l’évolution de ce phénomène.


